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«L’ai-je bien défendue ? »

September 27, 2018

Même si ça ne se voit pas, la photo a été prise en Auvergne

 

J’aime cette Région et je suis fier qu’on m’ait demandé de le proclamer…

 

Apporter un témoignage, le témoignage d’un chef d’une petite entreprise ne semblait pas me poser de problèmes. Une sorte de remerciement, comme on remercie un client qui vous a fait confiance. Un client qui simplement vous demande de témoigner de votre intérêt pour avoir participé à la construction d’un de ses projets.

 

Mais au-delà des remerciements d’usage, je trouve qu’il n’est pas si fréquent qu’un donneur d’ordre ose afficher une « préférence » aux entreprises régionales et locales, pour participer à leurs opérations. Il est vrai que par les temps qui courent chacun y va de sa petite rengaine à proclamer haut et fort « qu’il voudrait bien mais qu’il peut point »!

La fatalité Européenne comme ils disent…

 

C’est un peu facile d’autant plus qu’en rédigeant eux même les règles des contributions d’attribution des marchés, les donneurs d’ordres ne savent que trop bien comment inscrire les parades élémentaires dans un règlement de consultation. Je crois qu’en fait, ils se piègent eux même à vouloir suivre une logique libérale et suicidaire à toujours vouloir ouvrir les marchés quels qu’ils soient. Ouvrir les marchés sans en imaginer les conséquences. Ouvrir les marchés en pensant que la régulation se fera d’elle-même et dans le meilleur des mondes. Ouvrir les marchés en jurant que les « David » régionaux feront face aux « Goliath » de l’extérieur.

 

Alors parfois, on a l’impression que ceux, dont je fais partie, semblent utiliser un arsenal de gros mots à toujours vouloir évoquer le bien fondé des entreprises autochtones afin de pérenniser les emplois…

 

Comme si c’était une tare à vouloir défendre son territoire et ses équipes !

 

Mais ne nous méprenons pas, « préférence » ne veut pas nécessairement dire, plus cher ou moins qualitatif. N’importe quel commercial avec un peu de bouteille, vous rétorquerait, « trop cher mais par rapport à quoi ? »

 

Cela veut simplement dire qu’on peut avoir des propositions locales prenant en considération tout un pan de l’économie locale.

 

A toujours vouloir payer moins cher, certains gros donneurs d’ordres, les bailleurs sociaux, les politiques, les équipes d’architectes et de maîtrises d’œuvre, risquent de payer très chers leurs choix.

Ils oublient parfois un peu facilement l’aspect sociétal et citoyen qui est ancré dans l’ADN des entreprises autochtones et qui anime les PME et artisans locaux.

 

Cette condition d’utiliser en priorité les ressources locales devrait être une des constantes pour qui prône ouvertement le développement durable.

 

Comment peut-on être plausible quand on accepte de faire venir de la main d’œuvre étrangère certes légale et détachée, alors qu’on se prévaut de vouloir en même temps privilégier l’insertion des personnes en difficultés sur la région. Comment peut-on être crédible en cautionnant des entreprises hors zone ou secteur régional alors qu’on exige de mettre en œuvre des produits issus des filières courtes d’approvisionnement. Comment peut-on agréer certaines entreprises dont on sait dès le départ qu’elles ne respecteront pas les règles du jeu et de ne rien mettre en œuvre pour les leur faire appliquer… Enfin, je crois que le pire c’est ceux qui s’offusquent et qui dénigrent ce manque de responsabilisation et qui le rangent bien consciencieusement dans leurs poches quand il va à l’encontre de leur moindre intérêt…

Pourtant adepte du « en même temps », je crois que parfois, il faut savoir faire des choix, et parfois, choisir c'est renoncer...

 

Recadrer ses priorités. Ne pas toujours penser qu’à court terme.

 

Peu importe qu’on soit de droite ou de gauche, il y a des thèmes qui ne devraient même pas être sujets à controverse.

 

Je vois déjà venir tous les bien pensants qui vont me dire que je suis un réfractaire, que je n’ai rien compris à la vertu du marché mondial. Que mes propos ne font que renforcer le nationalisme ou la xénophobie, que je ne vois que par le petit bout de ma lorgnette.

 

Ils ont peut-être raison tous ces gens-là.

 

Tous ceux qui ne jurent que de protéger la filière agricole et qui ratifient les accords du CETA. Tous ceux qui trouvent normal d’acheter des fraises en décembre et qui manifestent dans les rues contre la dégradation de la couche d’ozone. Tous ceux qui laissent le loup aller où il veut, sans avoir fermé les portes de la bergerie et qui s’étonnent qu’il soit ressorti en oubliant de remercier les brebis pour leur hospitalité.

 

Ils me font penser à cette blague de la personne qui décide de se jeter du haut d’un immeuble. Alors que sa course l’emmène irrémédiablement vers l’impact, à chaque étage il se rassure intérieurement et dit « pour l’instant tout va bien… »

 

Faut-il changer et s’en remettre à nos politiciens pour qu’ils changent le monde ou changer d’abord nos vies, nos habitudes et par capillarité ou par contagion tous nos actes quotidiens finiront par changer le monde… ?

La réponse est peut-être dans l’addition des deux options et c’est un peu ce que je me suis dit en acceptant d'apparaître pour la campagne.

 

Alors Oui ! j’aime ma région ! Et Oui ! je la remercie de nous faire travailler !

 

Comme mon célèbre homonyme qui se targuait de clamer après avoir descendu les marches du Casino de Paris « l’ai-je bien descendu ? [1]»

 

Et moi la région ?   

 

« l’ai-je bien défendue ? »

 

 

 

[1] Cécile Sorel, comédienne Française (1873/1966), lors de la revue Vive Paris, 1933, après avoir descendu avec succès l’escalier Dorian du Casino de Paris, elle lance à l’assemblée le fameux « l’ai-je bien descendu, »

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